14 Avr

Arnaque à Pétra

Ma première fois au Moyen-Orient, dans un pays arabe, je me croyais prête à faire face à tout, car je possédais une maturité et un bagage suffisant selon moi, grâce à mes nombreux voyages. J’arrivais peut-être un peu trop confiante, naïve, croyant à la bonne foi de tous. Je me sentais invincible et forte.

Tout a commencé à Pétra, ce site historique faisant partie des 7 nouvelles merveilles du monde. Des milliers de touristes s’y rendent à chaque année et ceux qui y travaillent sont rendus maître dans leur l’approche auprès des touristes. Un bédouin (peuple nomade vivant dans les déserts principalement), vient discuter avec moi, il se nomme Rakan. De nature curieuse, je lui pose mille et une question et s’en suit une très belle conversation. Il décide de m’accompagner durant toute la journée, car il n’a rien à faire et que cela lui fait plaisir de me montrer Pétra. Plus la journée avance, plus il me vante à quel point son peuple est magnifique, qu’ils sont accueillants avec les touristes, qu’ils aiment échanger avec eux, même que plusieurs étrangères sont tombés en amour avec des bédouins et qu’elles vivent maintenant ici ..Il insiste pour que je reste avec ses amis pour partager un souper dans leur grotte. Je suis tenté de m’y rendre pour comprendre leur mode de vie et discuter un peu plus avec eux. La journée se termine, je lui dit au revoir et je lui exprime que peut-être que je viendrai ce soir. Je rejoins 2 de mes amis pour admirer le coucher de soleil au sommet d’une colline près du Monastère. Ayant échangé mon numéro de téléphone avec le bédouin en question, je le texte pour lui dire que finalement je n’irai pas le rejoindre ce soir et que je vais rester avec mes amis.

C’est là que la situation commence à dégénérée.

Il élève le ton et me dit que sa cousine s’en vient me voir pour collecter l’argent. Qu’il faudra que je lui donne 125$ pour m’avoir accompagné aujourd’hui. Mon cœur commence à battre plus fort, je réalise que j’ai été très naïve de croire qu’il faisait cela pour être gentil. Je me suis fié aux dires des gens affirmant que les Jordaniens sont si accueillants et de bonne foi. Je suis triste, je voulais tellement créer des liens d’amitié avec ces bédouins, vivre une belle expérience humaine, échanger avec eux. Je suis tombée dans le panneau. Ce sont des gens en contact avec le tourisme depuis toujours et ils sont là pour faire de la « business », pas pour être « gentils ».

Il me crie dessus au téléphone, m’insulte lorsque je lui mentionne que je voyage petit budget et que je ne peux payer 125$. Je lui répète qu’il m’avait affirmé à plusieurs reprises que c’était gratuit et qu’il le faisait pour le plaisir. Rien à faire, il continue de crier. Je raccroche, il rappelle. J’éteins mon cellulaire. Quelques minutes plus tard, c’est sa cousine qui se présente et qui recommence le même discours et me demande le même montant d’argent. Mes 2 amis défendent mon point de vue, ils prennent la relève. Sa cousine ne veut rien comprendre, elle nous dit que le bédouin s’en vient et que ça va mal aller pour nous. Je prend mon téléphone et je compose le numéro de la police. Je leur explique la situation en anglais et je leur demande assistance. La cousine de Rakan prend peur et quitte en courant. Mes amis poussent un soupir de soulagement. Malheureusement, j’ai menti et joué le jeu en espérant régler le problème; je ne possède pas le numéro de la police. La nuit tombe, nous avons 2 heures et demie de marche pour sortir de Pétra. Il n’y a aucun touriste, car c’est la basse saison et pas de police en vue. Il n’y a que nous et ces bédouins vivant ici qui n’hésiteront pas à appuyer Rakan s’il y a quelque chose.

J’ai peur. Nous décidons de partir tout de suite, sans prendre le temps d’admirer le coucher du soleil. Nous voulons sortir au plus vite avant qu’il fasse nuit. En descendant les marches près du Monastère, dans un détour; Rakan et son frère nous attendaient : ils sont furieux, ils crient. Ils savent bien qu’il n’y pas de police qui viendra nous aider. Ils me menacent. Mes 2 amis se dressent devant moi pour me protéger et essaie de les calmer. Il n’y a rien à faire. Rakan lance son manteau au sol, il veut se battre. On me crie de courir et de m’éloigner. Je suis figée. Je n’entends plus rien. Et si Rakan possède un couteau? Mes amis me répète de partir.. MAINTENANT! Je cours, je descend les marches à toute vitesse, en pleurant… je ne peux pas croire qu’on en soit arrivé là! Je me cache derrière un rocher, je tremble, j’entends des cris plus haut…et puis plus rien. La panique monte en moi, je jette un coup d’oeil, je n’arrive pas à voir, il fait déjà trop sombre. J’attends impatiemment, cachée dans mon petit coin. Je me sens bien loin de mon Québec, de ma famille, de mon copain, de mes amies…Ça fait 3 jours que je suis arrivée en Jordanie, je regrette déjà mon choix de destination. Et puis, j’entends des pas. J’arrête de respirer l’espace d’un instant, pour finalement apercevoir mes 2 amis…sans Rakan et son frère. Je sors de ma cachette, ils me serrent dans leurs bras, je pleure de soulagement. Un de mes amis est boxeur et sait très bien calmer un assaillant. Il leur a fait comprendre que se battre contre lui n’est certainement pas une bonne idée et qu’ils doivent nous laisser tranquille. Rakan et son frère ont quitté bien malgré eux après quelques tentatives ratés de provoquer mon ami.

Nous nous empressons donc de descendre à toute vitesse et sortir de Pétra afin de retrouver la civilisation. Je ne peux remercier assez mes 2 amis qui n’ont même pas hésité une seconde à me protéger et mettre possiblement leur vie en danger. Nous retournons en silence à l’hôtel, toujours sous le choc. J’ai un empressement à parler à mon copain et lui raconter l’histoire. J’aimerais qu’il soit là pour me serrer dans ses bras.

Dans les jours qui suivent, je fais pars de mon expérience à plusieurs personnes autant des Jordaniens que des voyageurs et tous m’affirment que c’est une technique très répandue et connue à Pétra et qu’ils y a des tonnes d’histoires comme la mienne. Ils espèrent attirer les femmes dans leur grotte afin d’avoir une relation sexuelle avec elles et si elles refusent alors ils menacent et demande un montant d’argent. Il y a biensur des histoires de viols mais ça, c’est plus rare. J’ai honte d’avoir été aussi naïve et d’avoir agis comme une débutante alors que pourtant, j’ai un bon bagage d’expériences de voyage! Une autre leçon de vie pour moi, qui s’est finalement bien terminée. J’ai été chanceuse.

Ça fait déjà 1 semaine et demie que cet événement est arrivé et je peux vous confirmer que c’est loin de peindre le portrait général du peuple Jordanien. En fait, les gens sont incroyables ici. Pour vrai! Ce n’était qu’une petite exception, qu’une goutte d’eau dans l’océan. J’en suis soulagée. Depuis, j’apprécie encore plus ces bonnes personnes placées sur ma route. Ma leçon : je dois garder en tête d’être prudente peu importe où je suis dans le monde et non, je ne suis pas invincible comme je l’espérais. Je reste après tout une femme et je suis, malgré moi, une cible plus vulnérable. En conclusion: mon instinct est ma meilleure arme, prendre un peu plus de précautions ne me fera pas de mal et garder en tête que 99% des gens sont vraiment de bonne foi!!!!!

Comments (3)

nathalie vincent
Juin 30,2016 at 10:32 Reply

Bonne histoire et bel lecon...c'est vrai que des fois on a tendance à croire les gens...on ne peux pas toujours deviné leur vrai intention.

Lise Goyer
Juil 16,2016 at 09:54 Reply

Heureuse pour toi... Vas t`on voir la saison prochaine une nouvelle série d`émission. Je m`ennuis de toi et de tes découvertes. A bientôt :)

    Lydiane
    Sep 07,2016 at 12:35 Reply

    J'aimerais beaucoup beaucoup!!!! Je me croise les doigts!!!!! Merci à toi Lise!!! xxx

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